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De la fleur au parfum, une journée sur l'innovation en parfumerie

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Une journée pour tout savoir sur l’industrie du parfum et ses changements était organisée par le Pôle PASS le 26 novembre dernier à Grasse. Etait présente la fine fleur de la parfumerie, venue partager des expériences et des innovations sur toute la chaîne de valeur de l’industrie du parfum.

 

M. Viaud, maire de Grasse a introduit la journée en remettant en avant le patrimoine de Grasse, fortement lié à l’histoire du parfum.

 

Emmanuelle Moeglin de Mintel a initié la journée avec une présentation du panorama des enjeux de la parfumerie. Ce marché a la particularité d’être plus aspirationnel qu’innovant. C’est d’ailleurs le marché qui innove le moins par rapport aux marchés des soins du visage ou du maquillage.

Les innovations sur le marché de la parfumerie reposent essentiellement sur de nouveaux rituels parfumés, des innovations techniques et des expériences multi-sensorielles.

Il est à noter que des ponts se créent de plus en plus entre le parfum et des univers différents comme la  décoration d’intérieur voire la pâtisserie.

Emmanuelle Moeglin a conclu sur l’intérêt des marques de travailler le cross catégorie et les produits multifonctionnels, d’associer la technique à l’émotionnel en offrant des expériences multi-sensorielles aux consommateurs.

 

Après ce panorama du marché a débuté une partie concernant l’amont de la chaîne de valeur, primordiale, à savoir la production agricole et l’approvisionnement des matières premières.

Ce sont succédés Claude Chailan de FranceAgrimer et Pierre-Philippe Garry de Bontoux SAS pour témoigner certes de la richesse du paysage agricole local en matière de PAP (Plantes à Parfums) mais aussi des innovations qui existent à ce niveau de la chaîne de valeur.

Claude Chailan, de FranceAgrimer, établissement public dépendant du Ministère de l’Agriculture, a partagé avec l’audience des innovations. Parmi celles-ci figurent les nouvelles technologies de désherbage, des innovatoins en économie d’énergie ou encore en organisation économique et commerciale. On notera le projet Espieur avec une récolteuse qui permet de ne récolter que la partie noble du lavandin permettant une économie de 50 % sur le volume récolté et donc une économie de 30 % sur l’extraction. A noter également le projet Genoparfum qui permettra à terme de sélectionner et d’améliorer génétiquement la lavande et le lavandin. Ces projets devraient offrir des perspectives pour trouver de nouvelles variétés de plantes plus performantes.

Pierre-Philippe Garry de l’entreprise Bontoux SAS est venu présenter le projet Claryssime® ayant pour but d’optimiser la production française de sclaréol pour l'adapter aux besoins des marchés de la parfumerie et la rendre compétitive.

Ce projet a consisté à améliorer par différentes approches la production et la valorisation du sclaréol.

Les premières retombées technologiques et économiques sont encourageantes, avec une augmentation de l’efficacité de production estimée à 40 % et un maintien de l’emploi dans un secteur fortement concurrentiel au plan international.

 

Cette partie centrée sur la production a été logiquement suivie par le témoignage d’entreprises de parfumerie sur la transformation.

Bernard Toulemonde de International Flavors & Fragrances a appuyé le fait que l’innovation se fait majoritairement dans la production du végétal et les procédés extractifs. Du point de vue de la filière, la certification devient un must have pour prouver la durabilité et une analyse de cycle de vie est systématiquement faite sur toute la chaîne de valeur pour savoir où positionner l’innovation.

Sophie Lavoine de Charabot a complété cette vision en illustrant les challenges des parfumeurs pour trouver de nouveaux procédés en dépit de contraintes fortes aujourd’hui : augmentation des brevets, raréfaction des espèces, réglementation changeante, etc. Difficile dans ce contexte de trouver une fenêtre de tir pour innover. Néanmoins, Charabot a su innover ces dernières années avec la création de nouveaux procédés d’extraction brevetés sans hexane avec des solvants verts. Sophie Lavoine a également présenté de nouvelles plantes découvertes comme la fleur de Lys Papillon de la famille du gingembre et issue de l’Océan Indien. Trouver et redesigner de nouveaux solvants est un enjeu d’innovation important selon Charabot.

Xavier Brochet de Firmenich a rejoint ses confrères avec la mise en avant de routes de l’innovation. Elles reposent selon lui sur la découverte de nouvelles plantes, le protocole de Nagoya, source d’inquiétude mais également d’opportunités, les procédés de distillation. L’optimisation botanique et agronomique avec la sélection variétale représentent aussi une piste d’innovation.

Les enjeux de demain sont parfois contradictoires entre la recherche de procédés universels, le coût élevé des contraintes voire la demande d’exclusivité des clients qui peut pénaliser le potentiel de durabilité des filières fragiles.

 

Cette partie a été suivie par la vision des créateurs de parfum, parmi lesquels Jacques Cavaillier-Belletrud de LVMH qui a partagé dans une lettre son envie de voir la parfumerie vivre au présent et imaginer son futur plutôt que de vivre dans le passé et se reposer sur ses lauriers. Selon ses propos, il est urgent d’inventer le futur, il existe 1000 milliards d’odeurs mais les mêmes 85 ingrédients seraient contenus dans 90 % des parfums. Il est urgent de se challenger pour survivre et « mettre le cap sur nos capacités créatrices et ne pas rester prisonnier du passé ».

Philippe Collet d’Expressions Parfumées a partagé sa vision du métier de parfumeur, dans la continuité de Jacques Cavaillier-Belletrud. Il a présenté sa vision des enjeux d’un parfumeur avec un constat au centre, celui du travail en équipe qui devient incontournable pour créer un parfum.

Le premier est un enjeu artistique avec ce constat que la multiplication des lancements banalise la création olfactive. Il faut donc réussir à créer des parfums qui dégagent des émotions. Le deuxième enjeu est économique car si la parfumerie génère du chiffre d’affaires et de la rentabilité, le rapport coût/efficacité est à prendre en compte.

La technique est également un enjeu selon lui. Le réglementation et ses restrictions, la multiplicité des supports olfactifs et les rituels parfumés qui évoluent, obligent à réaliser des prouesses techniques. Enfin le dernier enjeu est pédagogique. Selon Philippe Collet, il est important de montrer que l’industrie est dynamique, elle doit communiquer et transmettre à la nouvelle génération ses connaissances.

L’émotion était aussi à l’honneur dans la présentation de Loïc Gérard, dirigeant de Pixcel, qui a présenté une solution pour objectiver les émotions et notamment la réaction de l’Homme face au parfum. Start-up basée à Marseille, Pixcel a conçu le logiciel Face2market qui permet de cartographier les points du visage et de décrire les expressions faciales émotionnelles. Un outil intéressant pour la profession qui pourra objectiver le ressenti et les émotions liées aux parfums.

 

L’après-midi de cette journée était dédiée aux supports et applications. Raymond Kervedo du Groupe Robertet a partagé avec le public l’enjeu technique et la difficulté de faire un concentré qui n’altère pas la formule et qui s’adapte à toutes les galéniques. Un enjeu au cœur des problématiques de création, au même titre que la réglementation aujourd’hui.

Puis le Dr Nimal Gunaratne de la Queen’s University Ionic Liquid Laboratory est venu présenter une innovation scientifique prometteuse, le parfum qui s’active au contact de l’eau ou comment sentir la rose quand on transpire !

Enfin l’entreprise Capsum était présente pour présenter son concept. Son dirigeant Sébastien Bardon a présenté le projet des parfums sans alcool avec encapsulation dans des micro-gouttes du jus parfumé, en suspension. 2017 devrait voir les premiers lancements en parfumerie fine.

 

Les présentations se sont clôturées par Mathilde Cocoual du Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine, de l’Université de Nice-Sophia Antipolis. Elle a mis en lumière le fait que déjà au 19ème siècle existait un débat entre les matières naturelles et synthétiques. Néanmoins, c’est l’arrivée du synthétique qui a permis de démocratiser le parfum en faisant baisser les coûts. Aujourd’hui, l’enjeu du naturel repose sur une qualité supérieure et pérenne pour éviter que les acteurs ne se tournent vers la synthèse.

 

La journée s’est clôturée par un tour de table des différents intervenants tous d’accord pour dire, entre autres, que l’avenir de la parfumerie passera par l’innovation.

On retiendra que l’innovation se fait à toutes les étapes de création d’un parfum, de la plante au jus voire à son contenant et qu'elle relève d’un esprit d’équipe. On retiendra surtout qu’il est important de construire le futur de la parfumerie et de ne pas rester prisonnier du passé.

 

Delphine RAYMOND

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